GERMAINE TILLION ne s’arrêtera jamais. Signataire d’un appel à la condamnation de la torture durant la guerre d’Algérie , cette femme, née en 1907, peut témoigner des nombreuses épreuves traversées dans ce siècle, épreuves vécues ou témoignages recueillis. Un si long parcours que son ami Jean Lacouture tente de résumer dans une biographie qui vient de paraître . Les hommages et les témoignages de ses combats, « des vies » , de Germaine Tillion traduisent une continuité, toujours en première ligne de combats justes mais pas toujours compris.
Ethnologue formée par deux maîtres, Marcel Mauss et Louis Massignon, elle part en Algérie en 1937. Elle y accumule des quantités de notes et d’analyses sur l’ethnie berbère des Chaouïas en vue d’une thèse (ce travail sera confisqué lors de sa déportation en Allemagne). Elle rentre de sa quatrième mission au moment même de la demande d’armistice formulée par le maréchal Pétain. L’idée de résistance s’impose alors, se structure, et Germaine Tillion anime, avec d’autres, le réseau du Musée de l’homme, qui travaille à l’évasion de prisonniers et au renseignement. Parmi les membres du réseau, certains seront fusillés, d’autres seront déportés comme elle.
A Ravensbrück, éreintée, l’ethnologue étudie le fonctionnement du camp. Ravensbrück sera le titre de trois ouvrages publiés en 1946, en 1973 et en 1988 (les deux derniers ayant été remaniés et augmentés du fait de l’avancée des recherches effectuées par Germaine Tillion et d’autres sur cette période) (4). La volonté de vivre pour témoigner insuffle le sursaut de vie nécessaire pour tenir jusqu’à la fin, pour représenter ses camarades dans les procès, pour écrire et pour défendre cette vérité si chèrement vécue à la face de ceux qui veulent la nier.
L’ALGÉRIE, à nouveau, en 1954, pour une mission d’observation, puis pour la mise en place de centres sociaux, par lesquels elle espère enrayer la « clochardisation » de cette société qu’elle redécouvre. En 1966, Germaine Tillion publie Le Harem et les cousins , étude sur l’endogamie des sociétés méditerranéennes, dont l’oppression des femmes marque la plus révoltante des illustrations. Loin de condamner, elle cherche à comprendre les fondements de la culture méditerranéenne (remontant bien avant l’islam) pour mieux démontrer les mécanismes injustes et violents des systèmes familiaux et claniques envers les femmes.
L’ethnologue se montre toujours prête à entrevoir de nouvelles perspectives, à modifier son regard (refus de considérer la responsabilité collective de l’Allemagne, remise en question du statut de l’Algérie encore française), et à rechercher la compréhension de l’Autre. De cette thèse « perdue » sur les Chaouïas et des missions qu’elle a entreprises durant sa carrière au CNRS puis à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), Germaine Tillion vient de tirer un ouvrage, Il était une fois l’ethnographie . Ce livre retrace ses recherches sur les sociétés humaines, comme celle des Chaouïas, d’où elle a rapporté des contes, de petites anecdotes autant que des enquêtes. Et cette vision ethnologique si personnelle, « de la plus équitable douceur, la mesure et la raison », comme l’écrit Jean Lacouture, montre qu’aujourd’hui encore d’autres combats restent à mener : les sans-papiers, les minorités ethniques, l’esclavage moderne, etc. Pour le troisième millénaire, il faut « inventer autre chose ».-Violaine Ripoll- http://www.monde-diplomatique.fr/2001/01/RIPOLL/14673






galerie dorée de la Banque de France; une fois rendu dans cet endroit incroyable, je découvris que son grand ami le gouverneur Jean-Claude Trichet avait organisé la sauterie… Je dois avouer que ma fascination était restée intacte malgré tout. Peut-être que son prestige américain y était pour quelque chose; il est vrai que que le professeur Robbe-Grillet, de même que le Nouveau Roman auquel il avait eu le génie de donner corps et matière après que l’éditeur Jérôme Lindon eut l’idée de faire poser quelques écrivains de Minuit contre le mur de sa maison (Beckett, Sarraute, Simon, Butor, Ollier, Pinget, Claude Mauriac, Robbe-Grillet) doivent beaucoup au soutien indéfectible de Tom Bishop de New York University. Admiré par les étudiants de la côte Est, il n’en était pas moins ignoré sinon détesté par les Français. Incroyable le nombre de thèses qu’on a pu lui consacrer là-bas. Il pouvait toujours attribuer sa faible audience en dehors des cénacles à “la réputation absurde”qui lui fut faite (avoir chassé l’homme du récit, avoir plaidé pour la suprêmatie de l’objectivité, avoir défendu la primauté absolue du regard), toutes choses qu’il balayait comme autant de “malentendus“, et à un ensevelissement bienveillant sous le discours critique et le commentaire infini. De son écriture, il disait à juste titre qu’elle était “irréconciliée, contradictoire et en lutte contre elle-même”. Depuis un certain temps déjà, cet homme de conversation se savait plus convaincant en orateur et n’économisait pas son verbe pour conquérir. Mais à l’oral comme à l’écrit, le joueur déroutant ne se connaissait qu’un seul grand ennemi : le sens.
formelle ne dissipe pas les ambiguités. D’autres textes encore (La Jalousie …), ad libitum. Le reste, y compris les films (le meilleur, L’année dernière à Marienbad,est d’Alain Resnais, faut-il le rappeler), est à peu près illisible ou irregardable sinon dans une perspective archéologique. Pour en savoir plus sur l’apport de ce grand bourgeois marginal, attendons la grande biographie que le directeur l’Institut Mémoires de l’Edition Contemporaine, son ami Olivier Corpet, prépare depuis des années à partir de ses archives (317 boîtes), de son témoignage et, qui sait, de l’anayse de la collection de cactus du seul ingénieur agronome spécialisé dans les denrées coloniales et la pathologie végétale qui se soit fait un nom dans la littérature française de la deuxième partie du XXème siècle.