fin août, les lamentations devant l'avalanche de titres annoncés (1) ;
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fin août, les lamentations devant l'avalanche de titres annoncés (1) ;
En direct et en public, à partir du jeudi 4 septembre 2008 à 20h35, Actualité littéraire : NOUVELOBS.COM 06.08.2008 08:57
Intitulé "Le journal de Jérôme Kerviel", le récit à la première personne retrace de façon humoristique le parcours du jeune trader.
Jérôme Kerviel (Reuters)
Par BibliObs.com
L'écrivain britannique Salman Rushdie, aujourd'hui âgé de 61 ans, envisage d'écrire un livre racontant les dix-neuf années de sa vie passées sous le coup d'une fatwa le condamnant à mort. Cette fatwa avait été prononcée le 14 février 1989 par l'iman Khomeiny après la publication des «Versets sataniques».
Salman Rushdie «A l'époque, vraiment, c'était difficile de le supporter et de s'en sortir, a déclaré l'auteur lors d'une interview à la BBC. Mais maintenant, oui, je pense qu'il y a quelque chose à raconter... Un de ces jours... Des gens m'encouragent à raconter cette histoire et peut-être que je le ferai.»
Le lancement de la fatwa avait obligé l'auteur à vivre dans la clandestinité. Il est réapparu peu à peu en public, mais l'Iran a rappelé que la fatwa était toujours en vigueur. Salman Rushdie a été été fait chevalier par la reine Elizabeth II en juin 2007, ce qui avait suscité un tollé dans les pays musulmans.
Actualité littéraire
Après Orhan Pamuk, un écrivain est à nouveau inquiété par la justice turque, non pour ses déclarations publiques, mais pour le contenu d’un roman.
Pour ceux qui comprennent le turc, il s’en explique dans cet entretien filmé, pêché parmi les commentaires du blog Au fil du Bosphore. Nedim Gürsel: La plainte a été déposée par les islamistes qui semblent bien organisés, ayant des avocats et faisant pression sur le procureur. La poursuite judiciaire fut ouverte conformément a la procédure par le procureur de la République d’Istanbul selon l’article 216 du code pénal turc qui prévoit une peine de prison entre six mois et un an pour celui qui vilipende ” les valeurs religieuses d’une partie de la population si cette offense trouble la paix publique”.
RDL : L’actuel contexte politique turc explique-t-il ces attaques contre vous ?
RDL : Aviez-vous le sentiment, en écrivant ce livre, que vous alliez au devant de ces ennuis ? Et aviez-vous en tête le sort de Salman Rushdie ?
RDL : Comment avez-vous “senti” le procureur lors de votre déposition ?
*
Voir :
http://istanbul.blog.lemonde.fr/2008/07/16/nedim-gursel-un-romancier/
http://www.bleublancturc.com/TurcsconnusFR/Nedim_Gursel.htm
http://www.librairie-gaia.com/Dossiers/Turquie/NedimGursel.htm
Actualité littéraire...
« Le fait du prince » de Amélie Nothomb, Editions Albin Michel, 180 pages, 16 €. Parution le 21 août.
source : http://www.culture-cafe.net/archive/2008/06/29/premieres-infos-sur-le-nouveau-nothomb.html
Recueilli par SABRINA CHAMPENOIS
QUOTIDIEN : jeudi 19 juin 2008
Elle est vraiment forte, très forte, voilà ce qu’on se dit dès le deuxième chapitre d’Un lieu incertain, le dixième roman policier de Fred Vargas. Il est évident, dès cette affaire de pieds coupés retrouvés devant le fameux cimetière londonien d’Highgate, qu’une main très ferme tient déjà personnages et intrigues, et qu’il va y avoir de l’ampleur, de l’ambition.
La colonne vertébrale est inchangée, ça aurait pu poser problème: on commence à bien connaître Jean-Baptiste Adamsberg, patron de la Brigade criminelle parisienne, rêveur («pelleteur de nuages») mais réputé pour ses fulgurances. Idem de son équipe, qui fournit les personnages secondaires. Que cette sorte de famille recomposée ait déjà fait l’objet de deux films (1), pourrait aussi contribuer à un ras-le-bol. Mais, pour que l’on se lasse, il faudrait qu’elle se fasse paresseuse, Vargas. Or elle bataille, dans Un lieu incertain, et sa détermination est palpable, jubilatoire.
Le seul contexte suffit à donner une idée de son abattage : au lendemain des pieds coupés de Londres, un meurtre terrible appelle Jean-Baptiste Adamsberg dans la banlieue bourgeoise de Garches. Pierre Vaudel, 73 ans, ancien journaliste spécialisé dans les affaires judiciaires, a été réduit en miettes dans son bureau, «à première vue avec une scie électrique et une masse». Quelle colère a pu engendrer pareille boucherie ? Plusieurs pistes sont prometteuses, du jardinier violent au fils rejeté, en passant par la famille d’un artiste suicidé. Du crottin, des poils de chien et un mouchoir en papier porteur d’un ADN inconnu sèment aussi le trouble. C’est alors qu’est découverte une lettre sibylline et incantatoire en allemand, signée du défunt. Elle se conclut sur un terme en cyrillique, d’abord identifié comme «Kiss Love», baisers d’amour…
Si son épicentre est parisien, Un lieu incertain accomplit, par voyage ou téléphone, un tour d’Europe. Et l’étranger, les langues étrangères, sont une des clés du livre - dont deux des mots capitaux sont «Zerquetscher» (l’écrabouilleur, en allemand) et «plog». C’est aussi un adjectif, un détail, qui va permettre l’identification du tueur. Entre-temps, l’archéozoologue médiéviste en disponibilité du CNRS aura encore revisité l’histoire autour du premier cas de vampire répertorié, tout en tissant un réseau d’histoires personnelles, ici particulièrement marquées par les liens du sang. Rencontre avec l’auteur, toujours feu follet, dans un café de son XIVe arrondissement.
Nous sommes un vendredi 13… Superstitieuse, Fred Vargas ?
Dans la vie, pas du tout. Pourtant, ma grand-mère l’était beaucoup, à mettre en garde contre le chapeau posé sur le lit, par exemple, ou à me tirer par le col quand il y avait des échelles… J’en suis venue à élaborer un début de théorie sur les superstitions de notre monde occidental. A savoir : les objets qui véhiculent les superstitions appartiennent fonctionnellement au monde extérieur, potentiellement menaçant pour le monde intérieur - chez soi, soi, donc. D’ailleurs, dans les maisons, on fait des sas de protection instinctifs, pour les lieux où on met les bottes, les cirés, où on dépose les parapluies : dans la mesure du possible, on fait en sorte qu’ils n’entrent pas trop. Comme disait Deleuze, rien n’est neutre. Voilà, ça fait partie des choses qui me passent par la tête…
Deux ans séparent Un lieu incertain et Dans les bois éternels, c’est votre rythme de parution ?
Je n’en ai pas vraiment, et j’ai la chance d’avoir une éditrice, Viviane Hamy, qui me laisse faire exactement à ma guise. Elle n’apprend que je vais lui rendre un livre que quand je suis déjà bien dedans, à mi-course disons : j’aurais trop peur qu’elle espère et que je n’y arrive pas, de la décevoir. Quand je commence, je ne sais pas où je vais, j’ai juste une idée, et quelques scènes en tête. Je suis incapable de faire un plan. J’ai essayé une fois, je me suis ennuyée, je ne trouvais rien alors qu’en y allant comme ça, je trouve toujours du poisson en route… J’ai beaucoup de bol.
C’est le seul moment de ma vie où je ne sais pas ce que je fais, le reste du temps, je suis blindée, méthodique, scientifique. Certains parlent de «construction diabolique», tu parles ! Là, je viens juste de me rendre compte qu’Adamsberg et Danglard sont une seule et même personne, comme les personnages du maître et du valet au théâtre. Mais je ne veux pas trop réfléchir à tout ça, sinon je ne vais plus pouvoir jouer ma partie et la laisser filer librement.
Pour ce livre-là, j’avais l’idée depuis deux ans de chaussures dans lesquelles on retrouverait des pieds coupés. C’est venu dans une discussion avec mon fils, en voiture, on rigolait : «Imagine qu’on trouve 17 chaussures» / «Ah oui, mais avec les pieds dedans»… Et puis j’avais envie d’une histoire de vampire, une bonne histoire de vampire, comme celles qu’on se raconte autour d’un feu pour suspendre l’anxiété de la vie. J’avais 13 ans quand j’ai lu Bram Stocker, ça m’a sacrément impressionnée. Et je me suis intéressée à cette affaire Plogojowitz, qui avait fait beaucoup de bruit au XVIIIe siècle. Je pensais que Plogojowitz venait de Slovénie, donc j’ai commencé à écrire dans ce sens, jusqu’à ce que je parvienne à contacter une dame serbe très cultivée qui m’a indiqué qu’en fait c’était en Serbie… Ah, ça m’a emmerdée : la Serbie, c’est trop sensible, les gens allaient forcément bondir, ça va à l’encontre de «l’extériorité» que je veux préserver dans mes histoires. Mais bon, Plogojowitz est un personnage qui a vraiment existé et qui vient vraiment de là. Donc j’ai trouvé cette astuce, de gens qui ne parlent pas de la guerre, et où les hommes n’avaient pas participé à la guerre parce que, «ici, on ne laisse pas les femmes et les enfants seuls au village».
Depuis toujours, vous écrivez vite, en trois semaines.
Pour l’histoire, le premier jet, oui. Mais à ce stade-là, c’est de la bouillasse. Ensuite vient «la mise en musique», qui me prend beaucoup plus de temps : correction, réécriture, je peux reprendre cinquante fois, jusqu’à la haine du livre. Avec ma sœur Jo, on appelle ça les moments où «on pousse la brouette» - elle, elle connaît ça quand elle prépare une exposition de ses peintures. Heureusement, grâce à Viviane Hamy, qui tisse des relations très personnelles avec les libraires, les imprimeurs, on a des délais de fabrication inespérés.
Vous êtes allée en Serbie ? Vous êtes voyageuse ?
La Serbie, j’ai pensé y aller mais finalement non. J’ai suivi les élections avec une attention extrême, mais heureusement, le réalisme ne m’a cette fois pas trop rattrapée. Si le nationaliste était passé, je ne sais pas ce que j’aurais fait… Je n’aime pas trop voyager, sinon pour le travail. Visiter, être touriste, ça m’ennuie.
Un lieu incertain fait la part belle aux langues étrangères.
Ah oui, j’adore les langues étrangères. Là, pour la défense de Cesare Battisti, j’apprends le portugais, c’est un vrai plaisir. L’étymologie, la linguistique, la manière dont on s’approprie les mots, c’est passionnant aussi.
Le premier chapitre s’ouvre sur un Adamsberg hostile à «la gestion des flux migratoires» età la volonté de «ceinturer l’Europe d’une herse»…
Et encore, j’en ai retiré, de même que j’en ai retiré sur la justice. J’ai toujours estimé que, soi-même, on n’est pas du matériau littéraire, et que Stendhal a complètement raison quand il dit que «la politique est une pierre accrochée au cou de la littérature». D’ailleurs, à chaque fois que, dans un roman, j’en ai profité pour balancer un truc qui me tient à cœur, ça s’est révélé mauvais. Là, j’ai juste laissé la thématique, qui est raccord avec le goût du fluide d’Adamsberg, en enlevant mon avis.
Quel mal pourrait-il y avoir à émettre un avis ?
Ce n’est pas mal, c’est une question de matériau, de registres. Plus j’y pense, et plus il me paraît évident que le roman policier à énigme, que je pratique et qui se termine bien, s’apparente de par sa charge cathartique au conte pour enfants : on se raconte une histoire pour purger l’inconscient collectif. Et pour cela, que cette catharsis s’accomplisse, il faut être dans le réel, que ça ait l’air vrai donc, mais pas dans le réalisme. Pour que celui auquel on raconte l’histoire se l’approprie. Moi, je ne donne pas une marque de voiture, pas un titre de musique, pas de repères temporels bien précis, et pas d’avis. Si je veux dire quelque chose sur la justice ou les flux migratoires, j’écris un article scientifique, je dis les choses frontalement, je ne crois pas à l’efficacité de la monstration des problèmes dans la fiction.
Pour la catharsis, qu’au bout du compte le soulagement ait lieu, je soigne les explications, même si moi, parfois, j’aimerais les raccourcir. Il m’est arrivé de le faire, les réactions n’ont pas manqué. Hergé fait ça dans un Tintin, le Crabe aux pinces d’or, je crois, où le capitaine Haddock surgit soudain pour sauver Tintin. Tintin demande : «Mais comment cela se fait-il, capitaine Haddock, que je vous retrouve ici à point nommé ?» Et Haddock lui répond : «Eh bien c’est une affaire à la fois très simple et très compliquée.» Tintin repose au moins quatre fois la question, toujours pas de réponse… Je me rappelle me demander, dans ma tête d’enfant : «Quand même, pourquoi il se retrouve là ?»
Vous lisez du polar ?
Plein, j’adore ça, depuis toujours. Je lis tout et n’importe quoi, sauf les romans violents, gore, je suis trop sensible ; c’est pareil au cinéma. Là, on me dit que je devrais lire Millénium, je vais essayer.
Le dernier film qui vous a plu ?
Into the Wild de Sean Penn m’a beaucoup frappée : cette idée qu’on ne négocie pas avec la nature. Et puis, pour moi, ça fait écho à l’immense crise écologique qu’on est en train de vivre. Depuis l’âge de 15 ans, je m’intéresse scientifiquement à cette question, et depuis, je m’inquiète. Avec l’épuisement des énergies, gaz, pétrole, uranium, on est acculés, et la seule conséquence positive, c’est que ça va faire péter la mondialisation, péter la folie de la consommation. Depuis trente ans, les scientifiques avertissent, mais personne n’a voulu entendre ; il se disait que l’homme, génial comme il est, trouverait des parades. Eh bien le voilà dans le mur, l’homme. Certains parlent de crise conjoncturelle, en fait elle est géologiquement structurelle, on arrive au bout des ressources naturelles, parce qu’on a touché à tout, pompé sur les phosphates par exemple pour l’agriculture intensive alors qu’ils ne se renouvellent pas.
Je pense qu’on est face à la troisième révolution de mode de vie, après la révolution néolithique et la révolution industrielle. Celle-là, je ne sais pas quel nom elle va porter, mais j’en ressens déjà de l’effroi. Il était temps certes que ça s’arrête, on était en train de tuer la terre, mais à quel prix ? Et s’il y avait deux milliards de morts ? «La croissance, la croissance», on n’entend que ça. Moi, je crois à la décroissance, comme une nécessité vitale.
Entre Un lieu incertain et Dans les bois éternels, il y a aussi eu l’affaire Battisti, qui vous a beaucoup mobilisée.
Et qui continue à me mobiliser, tous les jours. Il y a plusieurs aspects, notamment un travail de documentation pour ses avocats brésiliens : pour prouver que tout cela est politique, lié aux années de plomb (2), il faut éplucher les archives juridiques, historiques, même la balistique. Ce sont de très lourdes recherches à plusieurs axes. S’ajoute le soutien psychologique à Cesare : famille ou amis, on est plusieurs à se rendre régulièrement à la prison fédérale de Brasilia. J’y suis déjà allée trois fois, avec ma sœur, je m’apprête à y repartir. Ce sont des voyages de quinze jours, pendant lesquels je cale deux visites à Cesare, et le reste du temps je cavale pour essayer d’avoir des rendez-vous, rencontrer tel sénateur, tel député… Depuis que le procureur a refusé, en mai, le caractère politique des actions, Cesare est assez désespéré sur l’issue finale.
(1) Pars vite et reviens tard de Régis Wargnier, sorti en 2001, et Sous les vents de Neptune de Josée Dayan, l’an dernier.
(2) Le Brésil, constitutionnellement, n’extrade pas pour crime politique.
onzième roman, qu'elle a écrit comme ses précédents succès : à l'aveugle, et en trois semaines chrono.
Polar - La méthode Vargas par Violaine de Montclos
Dix-sept pieds de macchabées tranchés à la cheville, bien calés dans leurs chaussures et disposés en rang face aux grilles du cimetière.
Un vieil homme retrouvé haché menu dans son pavillon, les organes pulvérisés à coups de masse et dispersés aux quatre coins du salon.
Il est sanglant, le dernier Fred Vargas. Morbide à vous faire dresser les cheveux sur la tête.
Tout juste si le commissaire Adamsberg lui-même ne renonce pas à sa légendaire tranquillité d'âme. D'ailleurs il se met à fumer, lui le flic impassible, peu après la boucherie décrite page 49. « Toute l'énigme dépend de ce corps écrabouillé. Alors, il a bien fallu donner quelques détails », s'excuse Vargas.
Elle dit ça tout en engouffrant une bouchée monstrueuse de tarte à la rhubarbe. Il est 16 heures, elle est morte de faim. Rien avalé depuis la veille. Pas beaucoup dormi non plus. A la terrasse ensoleillée de ce café du 14e arrondissement de Paris, elle a une petite mine hivernale. « J'ai beaucoup de travail », dit-elle. On s'étonne-le roman est déjà sous presse-avant de remarquer les bracelets brésiliens qui lui serrent les poignets. Battisti, bien sûr, en prison au Brésil... Elle n'a pas renoncé.
Depuis quinze mois que son protégé est détenu à Brasilia, Vargas est en apnée dans ses dossiers sur « l'affaire ». Au point d'en oublier de dormir. Elle qui aime si peu voyager a déjà fait trois allers-retours au Brésil. La salle des visites de la prison fédérale, la vitre épaisse qui la sépare alors de Battisti, le bruit et la sueur des autres visiteurs : elle raconte tout ça en mangeant sa tarte, avec une drôle de gouaille de titi parisien, des phrases qu'elle finit en points de suspension, une conversation dont on perd le fil tant elle fourmille de digressions, de rapprochements inattendus. Elle dit qu'elle retire la batterie de son portable lorsqu'elle enquête dans la Péninsule, pour ne pas être repérée par la police italienne.
Gribouille d'obscurs petits schémas censés symboliser la logique immuable des contes, des mythes et des romans policiers. Revient à Battisti, le « bouc émissaire ». Engloutit encore un peu de rhubarbe, pompe encore un peu de nicotine, parle de « cette merde épouvantable » que seraient ses romans si elle « coupait le son ». Entendez : si elle renonçait au style.
On regarde cette petite femme à la veste informe et aux yeux d'écureuil qui poursuit sans façon le fil de ses pensées. Une décalée. Une « pelleteuse de nuages ». Une Adamsberg au féminin. En plus diserte et beaucoup moins placide que son génial personnage. Le commissaire a le don de l'indifférence, elle souffre d'empathie aiguë. Les « autres » -leurs soucis d'argent, leurs revers affectifs-l'ont toujours, dit-elle, dévorée sans limites. D'où le léger tremblement de la main et la fatigue, assez visible. D'où Battisti.
D'où tous ces gens que l'on devine gravitant autour elle, pompant son temps et son argent avec son assentiment absolu. C'était déjà comme ça avant la gloire. Ça ne s'est pas arrangé.
Et puis, il y a ce double littéraire qui a vendu 5 millions d'exemplaires-toutes éditions confondues-, qui est traduit dans trente-huit langues et suscite une curiosité, une admiration un peu effrayantes. « J'ai des demandes invraisemblables. Un dîner filmé avec Fred Vargas. Vingt-quatre heures avec Fred Vargas... Mais je ne sais pas qui c'est, moi, Fred Vargas ! »
Elle, Frédérique Audoin-Rouzeau, vient d'écrire son onzième roman. En trois semaines, comme les précédents. Au premier jour d'écriture, elle n'a aucun scénario en tête. Juste une scène initiale, surgie au hasard de l'une de ses digressions mentales et devenue brusquement incontournable. Et puis l'identité de l'assassin, tout de même. « Il faut quand même baiser le lecteur, hein, sinon, il n'y a pas de catharsis. »
Acrobatique et très angoissant.
Pour ces basses oeuvres : quelques centaines de pages dans lesquelles il convient de relier le point A-la scène-au point B-l'assassin-en empruntant bien sûr des chemins de traverse. Alors, elle s'enfonce à l'aveugle, lance des pistes contradictoires, fait surgir au fil de la plume des intrigues parallèles en espérant, sans trop y croire, retomber sur ses pieds. C'est acrobatique et très, très angoissant. « Quand je lis dans la presse que mes romans sont "diaboliquement construits", je me marre ! Moi-même j'ai peur, en écrivant, de me paumer dans la forêt, dit-elle. Jusqu'à maintenant, à raison d'un ou deux coups de bol par page, j'ai toujours retrouvé mon chemin. »
Dans « Un lieu incertain », la forêt est particulièrement dense et les sentiers buissonniers innombrables. Mais Vargas a le don des personnages à tiroirs, des figures doubles, invraisemblables et géniales, qui rattrapent par quelques trouvailles langagières les petites incohérences narratives. Aux côtés d'Adamsberg : un flic qui s'exprime en alexandrins, un adjoint alcoolique au savoir encyclopédique, un aristo ostéopathe, vaguement médium.
Et aux côtés de Vargas : un fils de 20 ans qui trouve un malin plaisir, lorsque sa mère écrit, à inventer tout haut les critiques négatives que l'écrivain redoute. « Vargas se répète », « Cette fois, Vargas tourne en rond ». Elle rit mais est persuadée que le monstre médiatique, qui lui a toujours été favorable, se retournera un beau jour contre son auteur fétiche. « Je m'y attends, ça ne peut pas être autrement, et ce ne sera pas grave. »
Une seule critique assassine en vingt ans : elle a pleuré et renié aussitôt le roman visé, pourtant aussi jouissif que les autres. Alors, évidemment, on ne croit pas une seconde à sa placidité. Le don d'indifférence, c'est bon pour Adamsberg. Dans la vraie vie, on peut être une « pelleteuse de nuages » et se ronger les ongles.
« Un lieu incertain », de Fred Vargas (Viviane Hamy, 390 pages, 18 E).
éditeur : http://www.viviane-hamy.fr/fiche-auteur.asp?A=2
source : http://www.lepoint.fr/actualites-culture/la-methode-vargas/249/0/254394
Par BibliObs.com : Disparition du grand écrivain italien
Pour Primo Levi, qui savait de quoi il parlait, c'était un auteur majeur, tout simplement un des écrivains italiens contemporains les plus importants: «Le fait que Rigoni Stern existe est en soi miraculeux, disait-il. Miraculeuse d'abord sa propre survie: celle d'un homme qui s'est toujours positionné aux antipodes de la violence et que le destin a contraint a participer à toutes les guerres de son temps. Miracle, enfin le fait que Rigoni est parvenu à conserver son authenticité dans notre époque de fous.»

Né en 1921, chasseur alpin dans l'armée italienne pendant la Seconde Guerre mondiale, Mario Rigoni Stern avait combattu en France, en Grèce, en Albanie, en Russie. Une expérience dont cet écrivain originaire de Vénétie a nourri l'ensemble de son oeuvre, à commencer par son premier livre, désormais considéré comme un classique: «le Sergent dans la neige», où il racontait l'odyssée d'une poignée de soldats perdus, en pleine débâcle militaire, dans une Russie glaciale. Et où l'on voyait que le souci du témoignage, quand il est sans emphase, guidé par la fraternité et la pudeur, peut féconder la meilleure littérature.
De nombreux hommages lui ont été rendus en Italie. Le président de la République Giorgio Napolitano a parlé de lui comme d'une «des figures les plus représentatives de la littérature italienne contemporaine», tandis que Walter Veltroni, ancien maire de Rome et leader de l'opposition, a salué un auteur qui avait su raconter «l'histoire de notre pays vue par les paysans, les malheureux soldats opprimés par la guerre, les gens de la montagne».
En octobre dernier, dans une émission télévisée, Rigoni Stern avait prévenu: «C'est la dernière fois que je descends de mes hauts plateaux». Il est mort lundi soir à Asiago, dans le nord de l'Italie. Il était âgé de 86 ans.
(avec AFP)
A lire sur BibliObs: Mario Rigoni Stern, un Grand d'Italie
Il est décerné à : Zone de combat de Hugues Jallon (Verticales)
Dans la zone de combat, nous enchaînons les méthodes thérapeutiques et les groupes de parole, les séances de coaching et les stages de remise en forme. Pour survivre, il faut se prendre en main. Se plier aux recommandations communes. Entre périls terroristes et accidents domestiques, nous vivons dans la crainte permanente de la désagrégation, physique et sociale. Dans la zone de combat, rien ne distingue plus les périls du monde des territoires intimes. Quelques groupes informes se préparent à l'inéluctable. Ensemble, tout est devenu possible. Un seul mot nous rassemble : la peur.
Biographie de l'auteur :Hugues Jallon est l'auteur de La Base. Rapport d'enquête sur un point de déséquilibre en haute mer (Editions du Passant, 2004). Zone de combat est son deuxième texte de fiction. Le Prix de l’Inaperçu – Etranger 2008 est décerné à : Twelve Bar Blues de Patrick Neate (Intervalles)
" Pendant un mois, un seul, Dipper et Lech jouèrent la meilleure musique de jazz dont la Louisiane pouvait rêver. Mais l'histoire ne l'entendit probablement jamais, et n'en garda certes aucune trace, ni enregistrement ni écrit. La clientèle du bastringue d'Henry Ponce était une bande de crapules - surtout des ivrognes et des camés - qui n'avaient pas d'oreille pour la bonne musique et ces sons précieux se sont perdus dans le temps comme le souffle évanoui d'une note finale. " Twelve Bar Blues est un roman éblouissant sur l'identité, la recherche des racines. D'une Afrique imaginaire du dix-huitième siècle aux grandes mégalopoles d'aujourd'hui en passant par la Louisiane des années 1900-1920, Patrick Neate nous entraîne dans un tourbillon de musique, de paroles et d'humour. Grand roman sur l'âme noire, métaphore merveilleuse sur l'art du conte, plongée réjouissante dans les origines du jazz, peinture saisissante de la pauvreté dans le grand Sud américain d'hier et les grandes villes d'aujourd'hui, Twelve Bar Blues est un voyage halluciné à la recherche du tempo de notre époque.
Biographie de l'auteur :Patrick Neate est un des auteurs les plus en vue de la nouvelle génération anglaise. Il est également le co-fondateur (avec Ben Watt, du groupe Everything But The Girl) de Bookslam, une série de sessions littéraires et musicales qui investissent des lieux alternatifs londoniens. Patrick Neate a reçu pour Twelve Bar Blues le Whitbread Award en 2001.
Le prix de l’Inaperçu 2008 récompense les meilleurs ouvrages de fictions parus entre août 2007 et mars 2008, passés inaperçus dans les médias et qui n'ont pas trouvé leur public (alors qu'ils méritaient pourtant de faire la fortune de leurs auteurs).









